18 – Les littératures du crime dans le milieu sportif

Source image : Zonelivre.fr


Au niveau international, le monde du sport a servi de terreau fertile pour y camper un très grand nombre de polars. La liste « 
Le Sport dans le roman policier ou le polar » publiée en 2021 sur le site Zonelivre.fr est fort éloquente : plus d’une centaine de fictions y sont classées par sport (le football emportant la palme) et par thème (Jeux olympiques et BD).

Au Québec, par contre, depuis 2000, quelques écrivains y ont développé leurs intrigues. 



 Michel Dolbec. – Palet dégueulasse. – Paris : Édition Baleine, 2000. – 163 pages.

Au Québec, le hockey sur glace est une religion. Quand les Caribous de Montréal se retrouvent en finale de la coupe Stanley, tout un peuple se met à genoux pour adorer ses idoles. Mais pour le poulpe, Gabriel Lecouvreur, la messe n'est jamais dite. Un concierge obèse abattu froidement dans une rue de Montréal va perturber l'office. Le directeur du Montréal-Matin met à la disposition du poulpe les archives de son journal. Les découvertes du héros le conduisent à Shawinigan, ville natale de Paul Gingras, l'obèse assassiné qui n'a jamais fait de mal à personne. De fil en aiguille, il apprend que sa mort est reliée au hockey.

Le roman se termine dans les coulisses des Caribous. Le match décisif procure finalement aux partisans la victoire ultime assurant la survivance de la race canadienne-française. Rien de moins. Et rien de mieux que de célébrer ce triomphe par une émeute, qui lance le poulpe sur la piste du tueur de Paul Gingras. Comme dans tous les sports, tout n'est pas propre. L'amour du palet (la rondelle) peut aussi se montrer dégueulasse quand il se prête aux abus sexuels.

 Leif Tande en a fait une bande dessinée publiée en 2004 : 

 

Michel Dolbec et Leif Tande. – Le poulpe - Palet dégueulasse.  – Montpellier : Six pieds sous terre, 2004. – 90 pages. 



 

Michel Dolbec est né à Shawinigan. Il a écrit son premier roman, Palet dégueulasse, pour un lectorat français afin de leur faire découvrir le Québec depuis le restaurant La Binerie de Montréal jusqu'au Stade olympique, en passant par les bars où son héros découvre l'excellence des bières québécoises. 

 

Leif Tande (de son vrai nom Éric Asselin), originaire de Montréal, « est le secret le mieux gardé de la bande dessinée québécoise. […] L’œuvre maîtresse de Leif Tande, l’album « Morlac », est un véritable labyrinthe de cases dans lequel le lecteur doit découvrir le fil d’Ariane qui va permettre au personnage principal de sortir indemne de ce dédale. Autre projet fou de Leif Tande : créer une bande dessinée à raison d’une planche par jour pendant toute une année. Le résultat : une brique de 365 pages, « L’Origine de la vie », la biographie de la première molécule vivante sur terre. » (source : BD Québec) 


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François Barcelo. – J’haïs le hockey. – Montréal : Coups de tête, 2011. – 129 pages. 

Antoine Vachon déteste le hockey. À la suite de l’assassinat de l’entraîneur de l’équipe de son fils, Antoine se voit pourtant contraint de le remplacer au pied levé. Sa vie va alors changer. Qui a tué son prédécesseur ? Le flou persiste. Le fils d’Antoine aurait-il quelque chose à voir dans tout cela ? L’entraîneur était pourtant très apprécié de sa communauté, il s’occupait bien de ses joueurs. Trop bien peut-être…

 

 

François Barcelo est un publicitaire et un écrivain québécois né à Montréal, titulaire d’une maîtrise en littérature française. Il est « l’auteur de plus de cinquante livres marqués par un sens de l’humour inébranlable : albums pour tout-petits, romans pour les jeunes et romans d’aventures, romans littéraires, polars et essais. Il a été le premier auteur à recevoir les prix de littérature TD et Hackmatak. Il a reçu en 2007 l’un des Prix littéraires du Gouverneur général. Son roman Cadavres a été le premier livre québécois publié dans la célèbre Série noire de Gallimard. » (source : Répertoire Culture-Éducation Québec) 

J’haïs le hockey s’inscrit dans une série : J'haïs les bébés (2012), J'haïs les vieux (2013) et J'haïs les Anglais (2014). 

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Mikaël Archambault. – Dernière manche. – Boucherville : Éditions de Mortagne, 2022. – 368 pages.  Avis de lecture 

Samuel Cadieux, le joueur de tennis numéro un au classement mondial, décède en plein match aux Internationaux du Canada, à Montréal. S’agit-il d’un cas de « mort subite du sportif »? Pas pour Gaétan Tanguay, journaliste spécialisé en statistiques avancées. Contacté par un mystérieux informateur qui affirme détenir d’importantes révélations au sujet du joueur, il croit plutôt à un meurtre déguisé.

Aidé par Tarah, une jeune femme très intéressée par le passé de Cadieux, Gaétan mène l’enquête et déterre des secrets qui ne demandaient qu’à rester enfouis. Mensonges, menaces, complots : dans l’entourage de la star du tennis, tout le monde semble avoir quelque chose à cacher. 

 

Mikaël Archambault. – En échappée. – Boucherville : Éditions de Mortagne, 2022. – 288 pages.  Avis de lecture 

Karl Larouche, un ex-hockeyeur de la ligue nationale, s’évade du pénitencier où il purgeait une peine de six ans pour homicide involontaire à l’endroit d’un ancien adversaire. Au même moment, Montréal accueille le septième match de la finale des séries éliminatoires sans savoir qu’un drame s’apprête à ébranler la ville. En effet, le gardien de but de l’équipe locale est retrouvé sans vie. Aussitôt, Larouche devient l’ennemi public numéro un. Le journaliste sportif Gaétan Tanguay, féru de statistiques avancées, et sa nouvelle associée Tarah Dalembert tentent de démêler le fil des événements. S’engage alors une chasse à l’homme de laquelle tous ne sortiront pas indemnes. 


 

Mikaël Archambault. – Hors-jeu : une enquête de Gaétan Tanguay. – Boucherville : Éditions de Mortagne, 2023. – 284 pages. Avis de lecture 

À Toronto pour couvrir la Coupe du monde de soccer masculin, la journaliste sportive Tarah Dalembert met le doigt sur une nouvelle potentiellement explosive… puis se volatilise sans donner signe de vie.

Son associé Gaétan Tanguay se rend dans la Ville-Reine pour la retrouver. Remontant le fil des indices qu’elle lui a laissés, il comprend qu’un des joueurs de l’équipe canadienne pourrait être lié à sa disparition, mais lequel exactement ? Et pourquoi ?

Ne reculant devant rien pour le découvrir, il se lance dans une course contre la montre où chaque heure est comptée. 


 

Mikaël Archambault est auteur dans le domaine de l’humour, scénariste à la télévision et scripteur pour de nombreux artistes. Une quatrième aventure du binôme Tanguay-Dalembert, cette fois dans le milieu du baseball. 

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David Snow. – Le match du Vendredi saint. – Montréal : Saint-Jean, 2023. – 502 pages. 

Le matin du Vendredi saint, cinq détenus du Québec quittent leur cellule à tout jamais. Confiés à une organisation obscure, ils sont invités à participer à un «jeu de la seconde chance». Les règles en sont simples: avec peu de ressources, dans un quadrilatère précis de Montréal, ils doivent éliminer les quatre autres concurrents. Le grand prix: une belle somme d’argent, une nouvelle identité et un billet d’avion aller seulement pour la destination de son choix. Directement d’un somptueux manoir de Magog, les organisateurs de cet événement suivent la compétition à distance. Parmi eux : le premier ministre du Québec, le propriétaire du Canadien de Montréal, le ministre de la Justice, les chefs de la SQ et du SPVM, les parrains des mafias italienne et russe, le boss de la GRC. Dans le contexte de cette « course de Pâques », les paris, les alliances, la soif de vengeance et la débauche volent littéralement la vedette aux petits cocos en chocolat. La vingtième édition de cette étrange compétition réserve toutefois des surprises. L’un des invités n’est pas celui qu’il prétend être. Et l’un des concurrents, non plus… 


 

David Snow a passé l’essentiel de son enfance enfermé dans une bibliothèque du West Island, où ses parents l’envoyaient réfléchir sur son comportement. À défaut d’y découvrir une sagesse ou une maturité qui ne viendront jamais, il y a développé un amour profond du thriller et du roman noir. Il n’a jamais cessé de faire des mauvais coups, et considère ce roman comme le meilleur d’entre eux. (source : éditeur)

 

 

17 – Un homme-orchestre devenu auteur de polars (Richard Ste-Marie)

 


Je vous présente Richard Ste-Marie, écrivain originaire de la ville de Québec, qui a remporté en mai 2023 le prix Crime Writers of Canada Award of Excellence, meilleur livre en français, pour son plus récent roman Monsieur Hämmerli. 


Monsieur Hämmerli Lévis : Alire, GF 104, 2022. – 214 pages.  Avis de lecture

Mon nom est Charles McNicoll. Mais pour mes clients, je suis Monsieur Hämmerli, tueur à gages. Voici quelques années, un important contrat m’a été présenté ; il a aussi été le plus imprévisible, le plus surprenant… pour ne pas dire le plus éprouvant. Depuis, je n’ai plus été le même homme. De fait, étant un mélomane averti, j’ai immédiatement reconnu la cliente : Donatella Bartolini, la célèbre cantatrice dont la voix rend si bien Le Pâtre sur le rocher, mon œuvre préférée de Schubert. C’est aussi parce que je suis un mélomane averti que je n’ai pu accepter son contrat. C’est que, voyez-vous, la personne que je devais occire, c’était elle-même.

Mais Donatella est une femme résolue, et nous avons convenu d’une entente. Chaque soir, je viens écouter de la musique avec elle. Cinq CD, c’est la limite. Si elle parvient à rester éveillée – tout comme moi – jusqu’à la fin de l’audition, je la tuerai à l’aube, comme on dit à l’opéra. Bien entendu, en attendant cette nuit fatidique, je continue à remplir des contrats, et donc à tuer des gens, la plupart des crapules. Mais je sens venir le jour où je devrai changer de métier. Or, le seul talent que je possède, c’est bien celui d’assassiner mon prochain !

Le jury a ainsi justifié son choix :

« Dans Monsieur Hämmerli, Richard Ste-Marie utilise un point de vue nouveau, celui de l’assassin. Charles, le personnage principal, est présenté comme méthodique et détaché de son travail comme on pouvait s’y attendre ; cependant, le lecteur est attiré par la représentation diligente de Ste-Marie et l’évolution du personnage à multiples facettes de Charles au fur et à mesure que le roman progresse. De plus, la nature inhabituelle et la construction de la relation de Charles avec Donatella, retiennent l’intérêt du lecteur. » 

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Richard Ste-Marie, cet homme-orchestre, a été successivement musicien, artiste en arts visuels, animateur radio et écrivain.

Musicien. – En 1956, il entre au Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec où il étudie la clarinette jusqu’en 1960. Il amorce alors 16 ans de carrière de saxophoniste dans un quartet de jazz. En même temps, il fait partie de la fanfare de la réserve navale du Canada de 1961 à 1968.

De la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1970, il joue avec divers groupes de musique populaire un peu partout au Québec. En parallèle, il suit des cours à l'École des beaux-arts de Québec où il décroche un diplôme en 1970. Il devient alors professeur assistant à l'École des arts visuels de l'Université Laval, interrompant sa carrière de musicien de 1972 à 1980. Mais celle-ci reprendra de plus belle à partir de 1980 avec la formation de la Fanfafonie, un groupe pionnier d’animateurs-musiciens de rue au Québec qui demeure encore aujourd’hui une référence pour de nombreux musiciens de rue qui se sont formés depuis cette époque.

La Fanfafonie joue dans de nombreux festivals et fêtes populaires au Québec. En 1982, elle fait une brève tournée d’un mois en Belgique. L'année suivante, elle s’associe avec le Cirque du trottoir de Bruxelles pour former le Théâtre National Populaire pour une tournée de quatre mois dans de nombreuses villes européennes, dont Lausanne, Fribourg, Nyon, Metz, Strasbourg, Le Havre, Lyon, Lille, Saint-Jean-de-Maurienne, Bruxelles, Anvers, Liège, Tournai, Bruges, Ostende et Namur. Pendant cette tournée, la Fanfafonie et le Cirque du trottoir préparent avec Guy Laliberté et les Échassiers de Baie-Saint-Paul un projet pour les fêtes de Québec 1534-1984 qui deviendra la première tournée québécoise du Cirque du Soleil en 1984. Elle visitera les villes de Gaspé, de Baie-Comeau, de Rimouski, de Baie-Saint-Paul, de Saint-Jean-Port-Joli, de Québec, d’Orford, de Hull et de Montréal.

En décembre 1984, Richard Ste-Marie met fin à sa carrière professionnelle de musicien pour se consacrer à l'enseignement.

Artiste en arts visuels. – Pendant 30 ans, à l’Université Laval de Québec, il enseigne successivement la sculpture, le dessin et l'estampe numérique. Ses oeuvres sont exposées dans plus de 77 expositions personnelles et collectives au Canada et à l’étranger. À cette époque, Richard Ste-Marie publie des articles sur l’art et les nouvelles technologies, entre autres dans Les Nouvelles de l’Estampe du Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France. Il fut membre de nombreux jurys en arts visuels et consultant pour la Politique d’intégration des arts à l’architecture (1%) du gouvernement du Québec. Il prend sa retraite de l’enseignement en décembre 2000.

Animateur radio. – De 2002 à 2010, il anime des émissions culturelles à CKRL-FM, la plus ancienne radio communautaire d’expression francophone à Québec, où il a interviewé plus de 600 créateurs.

Écrivain. - À compter de 2009, Richard Ste-Marie se consacre à l'écriture de nouvelles et de romans policiers. L’essentiel de son œuvre polardienne repose sur les enquêtes de son personnage fétiche, le sergent-détective Francis Pagliaro, de la Sûreté du Québec, « un flic atypique qui n’a pas de problèmes d’alcool et qui vit avec la même femme depuis 20 ans. Intelligent et persévérant, ce protagoniste des plus sympathiques est un féru de philosophie, un mélomane averti et un amateur d’art. » À l’image de son auteur.

À ce jour, six titres ont été publiés, des fictions toutes aussi palpitantes les unes que les autres (les liens hypertextes donnent accès à chaque résumé) : 

  • Un ménage rouge. – Montréal : Stanké, 2008 / Lévis : Alire, 2013. – 242 pages.
  • L'Inaveu. – Lévis : Alire, 2012. – 242 pages.
  • Repentir(s). – Lévis : Alire, 2014/2016. – 334 pages. 

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Richard Ste-Marie est aussi l’auteur de divers essais, textes et chroniques sur le Web, écrits pour la radio et livres d’artistes ainsi que de nombreuses nouvelles dont la majorité a été publiée dans la revue Alibis : 

  • Histoire(s), Alibis 32, 2009.
  • Serpents et échelles, dans Alibis 34, 2010.
  • Monsieur Hämmerli, dans Alibis 35, 2010.
  • Personnage (enquête d'auteurs), dans Alibis 38, 2011.
  • La Colère d'Hämmerli, dans Alibis 41, 2012.
  • Petite Suite Hämmerli, dans Alibis 44, 2012.
  • L'auteur, son traducteur et moi, dans Alibis 44, 2012a malle, dans Clair-Obscur 10, 2012
  • La Justice pour le mal, dans Alibis 46, 2013.
  • Quatre écrivains à Parthenais (co-écrit avec Jean-Jacques Pelletier) dans  Alibis 48
  • Le Palmarès, dans Crimes à la librairie. – Montréal : Druide, 2014.
  • Docteur Hämmerli, dans Alibis 50, 2014.
  • Le Monde selon Hämmerli, dans Alibis 56, 2015.
  • Fragile comme des empreintes dans la neige, dans Alibis 60, 2016.  

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Richard Ste-Marie accumule depuis 2009 de nombreux prix et autres distinctions :

  • 2009 : Finaliste – Prix des abonnés du Réseau des bibliothèques de la ville de Québec pour Un ménage rouge
  • 2009 : Prix spécial du jury pour la nouvelle Histoire(s) publiée dans Alibis 32
  • 2010 : Prix Alibis pour la nouvelle Monsieur Hämmerli publiée dans Alibis 35
  • 2010 : Finaliste – Prix littéraire de Radio-Canada pour la nouvelle La malle
  • 2012 : Prix « Coup de cœur » décerné par le club de lecture de la bibliothèque Mathilde-Massé de Saint-Pacôme (Prix Saint-Pacôme du roman policier), pour L'Inaveu
  • 2013 : Finaliste – Prix Arthur Ellis, Best crime book in french, pour L'Inaveu
  • 2013 : Finaliste – Prix de la Ville de Québec et du Salon international du livre de Québec, pour L'Inaveu
  • 2015 : Finaliste – Prix Tenebris, Les Printemps meurtriers de Knowlton, pour Repentir(s)
  • 2015 : Finaliste – Prix Arthur Ellis, Best Crime Book in French, pour Repentir(s)
  • 2016 : Prix « Coup de cœur » décerné par le club de lecture de la bibliothèque Mathilde-Massé de Saint-Pacôme (Prix Saint-Pacôme du roman policier), pour Le Blues des sacrifiés
  • 2017 : Finaliste – Prix Arthur Ellis, Best Crime Book in French, pour Le Blues des sacrifiés
  • 2022 : Finaliste, Best French Crime Book (Fiction and Nonfiction) / Crime Writers of Canada. Awards of excellence, pour Stigmates
  • 2023 : Prix Crime Writers of Canada Award of Excellence, meilleur livre en français, pour le roman Monsieur Hämmerli

 (sources : Wikipédia et sites des éditions Alire et de l’auteur)

16 – Un colloque international sur les imaginaires sentimentaux et policiers



Les 7, 8 et 9 juin 2023, le Groupe de recherches et d'études sur le livre au Québec (GRÉLQ) tenait à Sherbrooke un colloque international intitulé « Le rose et le noir. Imaginaires sentimentaux et policiers sous la loupe (XIXe-XXIe siècles) » L’événement était organisé par des représentant.es de l’Université de Sherbrooke) et de l’Université Concordia) :

 

Conférence d’ouverture

Rose, noir (et bleu) : sérialités éditoriales et catégories génériques (Matthieu Letourneux, Université Paris-Nanterre)

 

Le rose, le noir… vus par l’histoire du livre

L’édition française et le polar : dettes d’honneur et comptes à régler (Bertrand Legendre, Université Sorbonne Paris Nord)

Mots durs, mots doux : terminologie des genres sentimental et policier en bibliothèques (Nadine Desrochers et Stéphanie Courchesne, Université de Montréal)

 

Écrire l’amour et la mort : des imaginaires croisés

Entre la faute et le crime : la fille-mère dans les imaginaires sentimental et policier (Jean-Philippe Warren, Université Concordia)

L’amour dans les bas-fonds : hybridation des imaginaires dans la collection « Roman d’amour » des Éditions Police-Journal (1944-1965) (Harold Bérubé et Marie-Pier Luneau, Université de Sherbrooke)

Matérialité et narrativité dans Exemplaire unique de Milorad Pavić (Anthony Glinoer, Université de Sherbrooke)

Aimer, tuer, enseigner : circulation et usages des stéréotypes dans le roman de campus (Karol’Ann Boivin, Université de Sherbrooke)

 

Le rose, le noir, sous tous ses supports

Passions criminelles et rêves coupables : les « histoires vraies » de l’hebdomadaire Confidences (1938-1940) lues à la lumière de Détective (Mélodie Simard-Houde et Raphaëlle Séguin, Université du Québec à Trois-Rivières)

La jalousie continue son éternelle moisson de sang : le journal Allô police au prisme des émotions médiatiques (1953) (Rachel Nadon, Université de Sherbrooke / Université Paris-Nanterre)

Le radioroman : un genre syncrétique ? (Caroline Loranger, Université du Québec à Trois-Rivières)

D’amour et de raison : la rencontre entre les régimes sentimental et criminel dans les teen sleuth comics contemporains (Philippe Rioux, Université Concordia)

 

Le rose, le noir… et la sur-spécialisation des sous-genres

Le thriller sentimental néo-victorien : les flammes de la romance et l’ombre du meurtrier dans The Doll Factory d’Elizabeth MacNeal (Jessy Neau, Université Montpellier 3)

Cinquante nuances de fictions criminelles : psychologie et violence dans la romance contemporaine (Yoan Vérilhac, Université de Nîmes)

 


15 – Un philosophe conteur d'histoires, le Fred Pellerin* du polar québécois (Jean-Jacques Pelletier)


Jean-Jacques Pelletier est né à Montréal. Il réside actuellement à Lévis. Il détient une maîtrise en philosophie de l’Université Laval de Québec et a enseigné la philosophie de 1970 à 2004 au cégep Lévis-Lauzon. Il a également participé à plusieurs reprises aux négociations du secteur public québécois. Collaborateur de la revue « Alibis », dont il était un des fondateurs, il y tenait une chronique épisodique intitulée « La réalité, c’est pire ». Il est aussi l’auteur de nombreux articles dans des revues et des périodiques.

« Attentif à l’univers des médias, des arts et de l’informatique, les romans de Jean-Jacques Pelletier s’intéressent aussi de façon particulière à l’embrigadement idéologique, à la manipulation des individus et des foules ainsi qu’aux différentes formes d’exploitation. Ils mettent en scène des intrigues internationales qui dépeignent différents discours de pouvoir ainsi que leurs effets dans la société. »

Sa production littéraire est impressionnante, incluant des écrits proprement financiers, entre autres sur la gestion des placements. Il accumule depuis 1993 de nombreux prix et autres distinctions :

  • 1993 : Premier prix au concours de nouvelles de Radio-Canada pour la nouvelle La bouche barbelée
  • 2004 : Prix du roman policier de Saint-Pâcome pour le roman Le Bien des autres
  • 2010 : Invité d’honneur du Salon du Livre de Montréal
  • 2010 : Président d’honneur du Salon du Livre de l’Outaouais
  • 2011 : Récipiendaire du Mérite du français dans la culture
  • 2012 : Mention d’excellence de la Société des Écrivains francophones d’Amérique pour l’essai intitulé Les Taupes frénétiques.
  • 2013 : Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada pour La Fabrique de l’extrême
  • 2014 : Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada pour Questions d’écriture
  • 2018 : Prix du roman policier de Saint-Pâcome pour le roman Deux balles, un sourire

Chez Jean-Jacques Pelletier, le désir d’écrire est né du « plaisir d’imaginer des histoires quand j’étais enfant, lorsqu’il n’y avait personne pour m’en raconter. Et du plaisir de lire » comme il le mentionnait dans une entrevue publiée dans L’actualité en 2014. Et il ajoutait, sur son rituel d’écriture :

« Jamais chez moi. Toujours dans un café, un bar, un resto… Toujours avec un porte-mine. Le traitement de texte, c’est une deuxième étape. Il en va de même pour chacune des réécritures : interventions manuscrites sur le texte imprimé (ajouts et ratures), puis saisie des modifications  à l’ordinateur… Et pourquoi écrire avec un porte-mine, pourquoi pas avec un stylo ?  Parce que l’écriture à la mine permet d’effacer, ce qui améliore la lisibilité du brouillon et des modifications subséquentes. » 

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Entre 1998 et 2009, Jean-Jacques Pelletier a publié le cycle des « Gestionnaires de l'apocalypse » mettant de l’avant ses préoccupations sur la géopolitique, le terrorisme et l’environnement. Cette série a fait l’objet d’un  mémoire de maîtrise en études littéraires d’Isabelle Piette à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) intitulé La mise en scène du néolibéralisme dans le cycle Les gestionnaires de l'apocalypse :

  • La Chair disparue. – Beauport/Lévis : Alire, 1998/2010. – 494 pages.
  • L'Argent du monde – Volumes 1 et 2. – Beauport/Lévis : Alire, 2002/2010. – 835 pages.
  • Le Bien des autres. Volumes 1 et 2. – Lévis : Alire, 2003/2004/2011. – 1022  pages.
  • La Faim de la Terre. Volumes 1 et 2. – Lévis : Alire, 2009/2011. – 1134 pages.


De 2011 à 2015, il se lance dans l’écriture de « La trilogie Natalya et Victor Prose », des romans qui prennent une orientation davantage polar :

  • Les Visages de l'humanité. – Lévis : Alire, 2011/2014. – 556 pages.
  • Dix petits hommes blancs. – Montréal : Hurtubise, 2014 / Lévis : Alire, 2019. – 617 pages
  • Machine God. – Montréal : Hurtubise, 2015 / Lévis : Alire, 2019. – 486 pages

 

 Depuis 2016, Jean-Jacques Pelletier fait découvrir à son fidèle lectorat son policier vedette dans la série des « Enquêtes d'Henri Dufaux » :


  • Bain de sang. – Montréal : Hurtubise, 2016 / Lévis : Alire, 2020. – 451 pages.
  • Deux balles, un sourire. – Montréal : Hurtubise, 2017 / Lévis : Alire, 2021. – 385 pages
  • On tue... – Lévis : Alire, 2019. – 651 pages.
  • Rien… – Lévis : Alire, 2023. – 562 pages.  Avis de lecture

 

Les thèmes évoqués dans les romans de cet auteur lévisien ont été abordés de façon plus explicite dans une série d’essais consacrés à la montée aux extrêmes dans les sociétés occidentales contemporaines :


La montée aux extrêmes : essai panoramique. Émissions de télé extrêmes (Extreme makeover, Relooking Extrême, Les Camionneurs de l’extrême)… Sports extrêmes, combats extrêmes (The Ultimate Fighter, Xtreme Fighting Championships, World Extreme Cagefighting)… Produits et promotions super, hyper, extra, giga, méga… Tout n’est que superlatifs et inflation verbale. 

Les pratiques ordinaires de l'excès : essai panoramique. L'extrême se manifeste partout dans l'univers du spectacle, cela va de soi. Il faut sans cesse capter l'attention, la retenir. Chaque spectacle doit éclipser la concurrence. Il faut frapper fort, encore plus fort, toujours plus fort. 

Néo-Narcisse est la nouvelle forme sociale montante, la nouvelle figure qu'emprunte l'individu pour s'insérer  - et tenter de prospérer - dans un monde de plus en plus extrême.


Des études sur Simenon, sur Conan Doyle et sur le polar, publiées dans la revue « Alibis », ont aussi accompagné une réflexion sur son propre travail d’écrivain qui a donné naissance à un essai « conçu à partir d’un échantillonnage de 50 questions posées par des lecteurs, l’ouvrage est un passionnant vade-mecum pour quiconque s’intéresse à l’expérience d’écrire et à ces créateurs qui la poussent au point d’en faire un métier. Il aborde toutes les facettes d’un univers fascinant : techniques, anecdotiques, intellectuelles, autobiographiques. Le tout livré avec l’esprit analytique de l’auteur et son ton savoureux » :


Questions d’écriture – Réponses à des lecteurs. – Montréal, Hurtubise, 2014. – 260 pages. 

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Quatre autres romans s’ajoutent à l’œuvre littéraire de Jean-Jacques Pelletier :

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En concomitance, l’œuvre romanesque  de Pelletier est complétée par la publication de quelques nouvelles :


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Le site web de La plume volage nous décrit le processus d’écriture de Jean-Jacques Pelletier dont certains romans peuvent atteindre 1500 pages, ce sur quoi, en 2009, il avouait à la blague : c'est parce que j'ai beaucoup coupé ! 

  • Il se fait des fiches et décrit l'histoire de chaque personnage, même les personnages tertiaires.
  • Il fait des plans. Plusieurs plans. Dans ceux-ci, il ne va jamais trop loin dans ses idées, pour se laisser de la place pour la créativité. Lors de l'écriture, il intègre parfois des nouvelles de l'actualité.
  • Un exemple de plan : 1er plan = 4 pages. 2e plan = 15 à 20 pages, divisées par jour. 3e plan = Chaque jour est divisé en scènes principales. Selon lui, le plan aide à ne pas se perdre dans la scénarisation du roman.
  • Aucun minimum ni maximum de mots par jour. Advienne que pourra!
  • Il aime la collaboration avec son comité de lecteurs. Il découvre grâce à eux les failles et leurs questions l'aident énormément à avancer. 

Lorsque le journaliste de L’actualité lui demandait quelle était l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire d’un écrivain, Jean-Jacques Pelletier répondait : 

« Tout ce qui tourne autour de l’inspiration, de l’être à part… Bref, tout le mythe romantique associé à l’écriture. Écrire, ce n’est pas «se laisser aller» à l’inspiration, c’est travailler à la fabrication de ce qu’on pourrait appeler des «machines textuelles». Des machines à provoquer des émotions, des idées, des images. Bref, des machines à faire réagir au moyen des mots écrits. » 

Pour en connaître davantage sur ce grand maître de la mouvance thriller international/politique/espionnage/polar, une excellente entrevue réalisée le 2 mars 2023 par Nicolas Auclair-Tremblay est disponible sur le site de la revue Le Crachoir de Flaubert. 

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* Fred Pellerin, célèbre conteur, écrivain, scénariste et chanteur québécois particulièrement connu pour ses histoires à la frontière entre réalité et imaginaire.

 

Cette chronique a été initialement publiée le 11 juin 2023 sur Culture et Justice (France) destiné à diffuser principalement des portraits du jour des écrivains, historiens, artistes… et qui rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice.