17 – Un homme-orchestre devenu auteur de polars (Richard Ste-Marie)

 


Je vous présente Richard Ste-Marie, écrivain originaire de la ville de Québec, qui a remporté en mai 2023 le prix Crime Writers of Canada Award of Excellence, meilleur livre en français, pour son plus récent roman Monsieur Hämmerli. 


Monsieur Hämmerli Lévis : Alire, GF 104, 2022. – 214 pages.  Avis de lecture

Mon nom est Charles McNicoll. Mais pour mes clients, je suis Monsieur Hämmerli, tueur à gages. Voici quelques années, un important contrat m’a été présenté ; il a aussi été le plus imprévisible, le plus surprenant… pour ne pas dire le plus éprouvant. Depuis, je n’ai plus été le même homme. De fait, étant un mélomane averti, j’ai immédiatement reconnu la cliente : Donatella Bartolini, la célèbre cantatrice dont la voix rend si bien Le Pâtre sur le rocher, mon œuvre préférée de Schubert. C’est aussi parce que je suis un mélomane averti que je n’ai pu accepter son contrat. C’est que, voyez-vous, la personne que je devais occire, c’était elle-même.

Mais Donatella est une femme résolue, et nous avons convenu d’une entente. Chaque soir, je viens écouter de la musique avec elle. Cinq CD, c’est la limite. Si elle parvient à rester éveillée – tout comme moi – jusqu’à la fin de l’audition, je la tuerai à l’aube, comme on dit à l’opéra. Bien entendu, en attendant cette nuit fatidique, je continue à remplir des contrats, et donc à tuer des gens, la plupart des crapules. Mais je sens venir le jour où je devrai changer de métier. Or, le seul talent que je possède, c’est bien celui d’assassiner mon prochain !

Le jury a ainsi justifié son choix :

« Dans Monsieur Hämmerli, Richard Ste-Marie utilise un point de vue nouveau, celui de l’assassin. Charles, le personnage principal, est présenté comme méthodique et détaché de son travail comme on pouvait s’y attendre ; cependant, le lecteur est attiré par la représentation diligente de Ste-Marie et l’évolution du personnage à multiples facettes de Charles au fur et à mesure que le roman progresse. De plus, la nature inhabituelle et la construction de la relation de Charles avec Donatella, retiennent l’intérêt du lecteur. » 

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Richard Ste-Marie, cet homme-orchestre, a été successivement musicien, artiste en arts visuels, animateur radio et écrivain.

Musicien. – En 1956, il entre au Conservatoire de musique et d'art dramatique du Québec où il étudie la clarinette jusqu’en 1960. Il amorce alors 16 ans de carrière de saxophoniste dans un quartet de jazz. En même temps, il fait partie de la fanfare de la réserve navale du Canada de 1961 à 1968.

De la fin des années 1960 jusqu’au début des années 1970, il joue avec divers groupes de musique populaire un peu partout au Québec. En parallèle, il suit des cours à l'École des beaux-arts de Québec où il décroche un diplôme en 1970. Il devient alors professeur assistant à l'École des arts visuels de l'Université Laval, interrompant sa carrière de musicien de 1972 à 1980. Mais celle-ci reprendra de plus belle à partir de 1980 avec la formation de la Fanfafonie, un groupe pionnier d’animateurs-musiciens de rue au Québec qui demeure encore aujourd’hui une référence pour de nombreux musiciens de rue qui se sont formés depuis cette époque.

La Fanfafonie joue dans de nombreux festivals et fêtes populaires au Québec. En 1982, elle fait une brève tournée d’un mois en Belgique. L'année suivante, elle s’associe avec le Cirque du trottoir de Bruxelles pour former le Théâtre National Populaire pour une tournée de quatre mois dans de nombreuses villes européennes, dont Lausanne, Fribourg, Nyon, Metz, Strasbourg, Le Havre, Lyon, Lille, Saint-Jean-de-Maurienne, Bruxelles, Anvers, Liège, Tournai, Bruges, Ostende et Namur. Pendant cette tournée, la Fanfafonie et le Cirque du trottoir préparent avec Guy Laliberté et les Échassiers de Baie-Saint-Paul un projet pour les fêtes de Québec 1534-1984 qui deviendra la première tournée québécoise du Cirque du Soleil en 1984. Elle visitera les villes de Gaspé, de Baie-Comeau, de Rimouski, de Baie-Saint-Paul, de Saint-Jean-Port-Joli, de Québec, d’Orford, de Hull et de Montréal.

En décembre 1984, Richard Ste-Marie met fin à sa carrière professionnelle de musicien pour se consacrer à l'enseignement.

Artiste en arts visuels. – Pendant 30 ans, à l’Université Laval de Québec, il enseigne successivement la sculpture, le dessin et l'estampe numérique. Ses oeuvres sont exposées dans plus de 77 expositions personnelles et collectives au Canada et à l’étranger. À cette époque, Richard Ste-Marie publie des articles sur l’art et les nouvelles technologies, entre autres dans Les Nouvelles de l’Estampe du Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France. Il fut membre de nombreux jurys en arts visuels et consultant pour la Politique d’intégration des arts à l’architecture (1%) du gouvernement du Québec. Il prend sa retraite de l’enseignement en décembre 2000.

Animateur radio. – De 2002 à 2010, il anime des émissions culturelles à CKRL-FM, la plus ancienne radio communautaire d’expression francophone à Québec, où il a interviewé plus de 600 créateurs.

Écrivain. - À compter de 2009, Richard Ste-Marie se consacre à l'écriture de nouvelles et de romans policiers. L’essentiel de son œuvre polardienne repose sur les enquêtes de son personnage fétiche, le sergent-détective Francis Pagliaro, de la Sûreté du Québec, « un flic atypique qui n’a pas de problèmes d’alcool et qui vit avec la même femme depuis 20 ans. Intelligent et persévérant, ce protagoniste des plus sympathiques est un féru de philosophie, un mélomane averti et un amateur d’art. » À l’image de son auteur.

À ce jour, six titres ont été publiés, des fictions toutes aussi palpitantes les unes que les autres (les liens hypertextes donnent accès à chaque résumé) : 

  • Un ménage rouge. – Montréal : Stanké, 2008 / Lévis : Alire, 2013. – 242 pages.
  • L'Inaveu. – Lévis : Alire, 2012. – 242 pages.
  • Repentir(s). – Lévis : Alire, 2014/2016. – 334 pages. 

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Richard Ste-Marie est aussi l’auteur de divers essais, textes et chroniques sur le Web, écrits pour la radio et livres d’artistes ainsi que de nombreuses nouvelles dont la majorité a été publiée dans la revue Alibis : 

  • Histoire(s), Alibis 32, 2009.
  • Serpents et échelles, dans Alibis 34, 2010.
  • Monsieur Hämmerli, dans Alibis 35, 2010.
  • Personnage (enquête d'auteurs), dans Alibis 38, 2011.
  • La Colère d'Hämmerli, dans Alibis 41, 2012.
  • Petite Suite Hämmerli, dans Alibis 44, 2012.
  • L'auteur, son traducteur et moi, dans Alibis 44, 2012a malle, dans Clair-Obscur 10, 2012
  • La Justice pour le mal, dans Alibis 46, 2013.
  • Quatre écrivains à Parthenais (co-écrit avec Jean-Jacques Pelletier) dans  Alibis 48
  • Le Palmarès, dans Crimes à la librairie. – Montréal : Druide, 2014.
  • Docteur Hämmerli, dans Alibis 50, 2014.
  • Le Monde selon Hämmerli, dans Alibis 56, 2015.
  • Fragile comme des empreintes dans la neige, dans Alibis 60, 2016.  

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Richard Ste-Marie accumule depuis 2009 de nombreux prix et autres distinctions :

  • 2009 : Finaliste – Prix des abonnés du Réseau des bibliothèques de la ville de Québec pour Un ménage rouge
  • 2009 : Prix spécial du jury pour la nouvelle Histoire(s) publiée dans Alibis 32
  • 2010 : Prix Alibis pour la nouvelle Monsieur Hämmerli publiée dans Alibis 35
  • 2010 : Finaliste – Prix littéraire de Radio-Canada pour la nouvelle La malle
  • 2012 : Prix « Coup de cœur » décerné par le club de lecture de la bibliothèque Mathilde-Massé de Saint-Pacôme (Prix Saint-Pacôme du roman policier), pour L'Inaveu
  • 2013 : Finaliste – Prix Arthur Ellis, Best crime book in french, pour L'Inaveu
  • 2013 : Finaliste – Prix de la Ville de Québec et du Salon international du livre de Québec, pour L'Inaveu
  • 2015 : Finaliste – Prix Tenebris, Les Printemps meurtriers de Knowlton, pour Repentir(s)
  • 2015 : Finaliste – Prix Arthur Ellis, Best Crime Book in French, pour Repentir(s)
  • 2016 : Prix « Coup de cœur » décerné par le club de lecture de la bibliothèque Mathilde-Massé de Saint-Pacôme (Prix Saint-Pacôme du roman policier), pour Le Blues des sacrifiés
  • 2017 : Finaliste – Prix Arthur Ellis, Best Crime Book in French, pour Le Blues des sacrifiés
  • 2022 : Finaliste, Best French Crime Book (Fiction and Nonfiction) / Crime Writers of Canada. Awards of excellence, pour Stigmates
  • 2023 : Prix Crime Writers of Canada Award of Excellence, meilleur livre en français, pour le roman Monsieur Hämmerli

 (sources : Wikipédia et sites des éditions Alire et de l’auteur)

16 – Un colloque international sur les imaginaires sentimentaux et policiers



Les 7, 8 et 9 juin 2023, le Groupe de recherches et d'études sur le livre au Québec (GRÉLQ) tenait à Sherbrooke un colloque international intitulé « Le rose et le noir. Imaginaires sentimentaux et policiers sous la loupe (XIXe-XXIe siècles) » L’événement était organisé par des représentant.es de l’Université de Sherbrooke) et de l’Université Concordia) :

 

Conférence d’ouverture

Rose, noir (et bleu) : sérialités éditoriales et catégories génériques (Matthieu Letourneux, Université Paris-Nanterre)

 

Le rose, le noir… vus par l’histoire du livre

L’édition française et le polar : dettes d’honneur et comptes à régler (Bertrand Legendre, Université Sorbonne Paris Nord)

Mots durs, mots doux : terminologie des genres sentimental et policier en bibliothèques (Nadine Desrochers et Stéphanie Courchesne, Université de Montréal)

 

Écrire l’amour et la mort : des imaginaires croisés

Entre la faute et le crime : la fille-mère dans les imaginaires sentimental et policier (Jean-Philippe Warren, Université Concordia)

L’amour dans les bas-fonds : hybridation des imaginaires dans la collection « Roman d’amour » des Éditions Police-Journal (1944-1965) (Harold Bérubé et Marie-Pier Luneau, Université de Sherbrooke)

Matérialité et narrativité dans Exemplaire unique de Milorad Pavić (Anthony Glinoer, Université de Sherbrooke)

Aimer, tuer, enseigner : circulation et usages des stéréotypes dans le roman de campus (Karol’Ann Boivin, Université de Sherbrooke)

 

Le rose, le noir, sous tous ses supports

Passions criminelles et rêves coupables : les « histoires vraies » de l’hebdomadaire Confidences (1938-1940) lues à la lumière de Détective (Mélodie Simard-Houde et Raphaëlle Séguin, Université du Québec à Trois-Rivières)

La jalousie continue son éternelle moisson de sang : le journal Allô police au prisme des émotions médiatiques (1953) (Rachel Nadon, Université de Sherbrooke / Université Paris-Nanterre)

Le radioroman : un genre syncrétique ? (Caroline Loranger, Université du Québec à Trois-Rivières)

D’amour et de raison : la rencontre entre les régimes sentimental et criminel dans les teen sleuth comics contemporains (Philippe Rioux, Université Concordia)

 

Le rose, le noir… et la sur-spécialisation des sous-genres

Le thriller sentimental néo-victorien : les flammes de la romance et l’ombre du meurtrier dans The Doll Factory d’Elizabeth MacNeal (Jessy Neau, Université Montpellier 3)

Cinquante nuances de fictions criminelles : psychologie et violence dans la romance contemporaine (Yoan Vérilhac, Université de Nîmes)

 


15 – Un philosophe conteur d'histoires, le Fred Pellerin* du polar québécois (Jean-Jacques Pelletier)


Jean-Jacques Pelletier est né à Montréal. Il réside actuellement à Lévis. Il détient une maîtrise en philosophie de l’Université Laval de Québec et a enseigné la philosophie de 1970 à 2004 au cégep Lévis-Lauzon. Il a également participé à plusieurs reprises aux négociations du secteur public québécois. Collaborateur de la revue « Alibis », dont il était un des fondateurs, il y tenait une chronique épisodique intitulée « La réalité, c’est pire ». Il est aussi l’auteur de nombreux articles dans des revues et des périodiques.

« Attentif à l’univers des médias, des arts et de l’informatique, les romans de Jean-Jacques Pelletier s’intéressent aussi de façon particulière à l’embrigadement idéologique, à la manipulation des individus et des foules ainsi qu’aux différentes formes d’exploitation. Ils mettent en scène des intrigues internationales qui dépeignent différents discours de pouvoir ainsi que leurs effets dans la société. »

Sa production littéraire est impressionnante, incluant des écrits proprement financiers, entre autres sur la gestion des placements. Il accumule depuis 1993 de nombreux prix et autres distinctions :

  • 1993 : Premier prix au concours de nouvelles de Radio-Canada pour la nouvelle La bouche barbelée
  • 2004 : Prix du roman policier de Saint-Pâcome pour le roman Le Bien des autres
  • 2010 : Invité d’honneur du Salon du Livre de Montréal
  • 2010 : Président d’honneur du Salon du Livre de l’Outaouais
  • 2011 : Récipiendaire du Mérite du français dans la culture
  • 2012 : Mention d’excellence de la Société des Écrivains francophones d’Amérique pour l’essai intitulé Les Taupes frénétiques.
  • 2013 : Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada pour La Fabrique de l’extrême
  • 2014 : Finaliste au Prix du Gouverneur général du Canada pour Questions d’écriture
  • 2018 : Prix du roman policier de Saint-Pâcome pour le roman Deux balles, un sourire

Chez Jean-Jacques Pelletier, le désir d’écrire est né du « plaisir d’imaginer des histoires quand j’étais enfant, lorsqu’il n’y avait personne pour m’en raconter. Et du plaisir de lire » comme il le mentionnait dans une entrevue publiée dans L’actualité en 2014. Et il ajoutait, sur son rituel d’écriture :

« Jamais chez moi. Toujours dans un café, un bar, un resto… Toujours avec un porte-mine. Le traitement de texte, c’est une deuxième étape. Il en va de même pour chacune des réécritures : interventions manuscrites sur le texte imprimé (ajouts et ratures), puis saisie des modifications  à l’ordinateur… Et pourquoi écrire avec un porte-mine, pourquoi pas avec un stylo ?  Parce que l’écriture à la mine permet d’effacer, ce qui améliore la lisibilité du brouillon et des modifications subséquentes. » 

* * * * * 

Entre 1998 et 2009, Jean-Jacques Pelletier a publié le cycle des « Gestionnaires de l'apocalypse » mettant de l’avant ses préoccupations sur la géopolitique, le terrorisme et l’environnement. Cette série a fait l’objet d’un  mémoire de maîtrise en études littéraires d’Isabelle Piette à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) intitulé La mise en scène du néolibéralisme dans le cycle Les gestionnaires de l'apocalypse :

  • La Chair disparue. – Beauport/Lévis : Alire, 1998/2010. – 494 pages.
  • L'Argent du monde – Volumes 1 et 2. – Beauport/Lévis : Alire, 2002/2010. – 835 pages.
  • Le Bien des autres. Volumes 1 et 2. – Lévis : Alire, 2003/2004/2011. – 1022  pages.
  • La Faim de la Terre. Volumes 1 et 2. – Lévis : Alire, 2009/2011. – 1134 pages.


De 2011 à 2015, il se lance dans l’écriture de « La trilogie Natalya et Victor Prose », des romans qui prennent une orientation davantage polar :

  • Les Visages de l'humanité. – Lévis : Alire, 2011/2014. – 556 pages.
  • Dix petits hommes blancs. – Montréal : Hurtubise, 2014 / Lévis : Alire, 2019. – 617 pages
  • Machine God. – Montréal : Hurtubise, 2015 / Lévis : Alire, 2019. – 486 pages

 

 Depuis 2016, Jean-Jacques Pelletier fait découvrir à son fidèle lectorat son policier vedette dans la série des « Enquêtes d'Henri Dufaux » :


  • Bain de sang. – Montréal : Hurtubise, 2016 / Lévis : Alire, 2020. – 451 pages.
  • Deux balles, un sourire. – Montréal : Hurtubise, 2017 / Lévis : Alire, 2021. – 385 pages
  • On tue... – Lévis : Alire, 2019. – 651 pages.
  • Rien… – Lévis : Alire, 2023. – 562 pages.  Avis de lecture

 

Les thèmes évoqués dans les romans de cet auteur lévisien ont été abordés de façon plus explicite dans une série d’essais consacrés à la montée aux extrêmes dans les sociétés occidentales contemporaines :


La montée aux extrêmes : essai panoramique. Émissions de télé extrêmes (Extreme makeover, Relooking Extrême, Les Camionneurs de l’extrême)… Sports extrêmes, combats extrêmes (The Ultimate Fighter, Xtreme Fighting Championships, World Extreme Cagefighting)… Produits et promotions super, hyper, extra, giga, méga… Tout n’est que superlatifs et inflation verbale. 

Les pratiques ordinaires de l'excès : essai panoramique. L'extrême se manifeste partout dans l'univers du spectacle, cela va de soi. Il faut sans cesse capter l'attention, la retenir. Chaque spectacle doit éclipser la concurrence. Il faut frapper fort, encore plus fort, toujours plus fort. 

Néo-Narcisse est la nouvelle forme sociale montante, la nouvelle figure qu'emprunte l'individu pour s'insérer  - et tenter de prospérer - dans un monde de plus en plus extrême.


Des études sur Simenon, sur Conan Doyle et sur le polar, publiées dans la revue « Alibis », ont aussi accompagné une réflexion sur son propre travail d’écrivain qui a donné naissance à un essai « conçu à partir d’un échantillonnage de 50 questions posées par des lecteurs, l’ouvrage est un passionnant vade-mecum pour quiconque s’intéresse à l’expérience d’écrire et à ces créateurs qui la poussent au point d’en faire un métier. Il aborde toutes les facettes d’un univers fascinant : techniques, anecdotiques, intellectuelles, autobiographiques. Le tout livré avec l’esprit analytique de l’auteur et son ton savoureux » :


Questions d’écriture – Réponses à des lecteurs. – Montréal, Hurtubise, 2014. – 260 pages. 

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Quatre autres romans s’ajoutent à l’œuvre littéraire de Jean-Jacques Pelletier :

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En concomitance, l’œuvre romanesque  de Pelletier est complétée par la publication de quelques nouvelles :


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Le site web de La plume volage nous décrit le processus d’écriture de Jean-Jacques Pelletier dont certains romans peuvent atteindre 1500 pages, ce sur quoi, en 2009, il avouait à la blague : c'est parce que j'ai beaucoup coupé ! 

  • Il se fait des fiches et décrit l'histoire de chaque personnage, même les personnages tertiaires.
  • Il fait des plans. Plusieurs plans. Dans ceux-ci, il ne va jamais trop loin dans ses idées, pour se laisser de la place pour la créativité. Lors de l'écriture, il intègre parfois des nouvelles de l'actualité.
  • Un exemple de plan : 1er plan = 4 pages. 2e plan = 15 à 20 pages, divisées par jour. 3e plan = Chaque jour est divisé en scènes principales. Selon lui, le plan aide à ne pas se perdre dans la scénarisation du roman.
  • Aucun minimum ni maximum de mots par jour. Advienne que pourra!
  • Il aime la collaboration avec son comité de lecteurs. Il découvre grâce à eux les failles et leurs questions l'aident énormément à avancer. 

Lorsque le journaliste de L’actualité lui demandait quelle était l’idée la plus fausse qu’on puisse se faire d’un écrivain, Jean-Jacques Pelletier répondait : 

« Tout ce qui tourne autour de l’inspiration, de l’être à part… Bref, tout le mythe romantique associé à l’écriture. Écrire, ce n’est pas «se laisser aller» à l’inspiration, c’est travailler à la fabrication de ce qu’on pourrait appeler des «machines textuelles». Des machines à provoquer des émotions, des idées, des images. Bref, des machines à faire réagir au moyen des mots écrits. » 

Pour en connaître davantage sur ce grand maître de la mouvance thriller international/politique/espionnage/polar, une excellente entrevue réalisée le 2 mars 2023 par Nicolas Auclair-Tremblay est disponible sur le site de la revue Le Crachoir de Flaubert. 

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* Fred Pellerin, célèbre conteur, écrivain, scénariste et chanteur québécois particulièrement connu pour ses histoires à la frontière entre réalité et imaginaire.

 

Cette chronique a été initialement publiée le 11 juin 2023 sur Culture et Justice (France) destiné à diffuser principalement des portraits du jour des écrivains, historiens, artistes… et qui rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice. 

14 – Le roman policier au Québec, de ses origines à aujourd’hui


Le 1er mai 2023, Socio|Éditions qui publie les revues Panoramas (sociologie) et la revue Sociologie visuelle fondée par le linguiste Georges Vignaux et le sociologue Pierre Fraser, qui a pour mission de traiter de différents phénomènes de société a mis en ligne une série documentaire de neuf capsules vidéo portant sur « Le roman policier au Québec, de ses origines à aujourd’hui » : 

« Qui de mieux placé que Norbert Spehner qui a contribué à la reconnaissance de nombreux auteurs de romans policiers québécois, pour nous entretenir de ce genre littéraire qui a connu une évolution significative depuis le milieu du XXe siècle ? » 

Produites par l’Association internationale des études québécoises (AIEQ) qui célèbre son 25e anniversaire, en collaboration avec Voyage en littérature québécoise (VLQ) et les éditions Fides qui a publié l’Atlas littéraire du Québec, ces neuf entrevues sont animées par Bernard Andrès. 


Le roman policier au Québec et ses origines [visionner]

Synopsis : L’influence du roman policier en France sur les premiers romanciers québécois du genre. La disponibilité au Québec dans les années 1940-1950 des traductions françaises et des éditions en français de romans de la série noire américaine. Le développement du roman policier québécois a aussi été influencé par les réalités socioculturelles et politiques de l’époque telles que les tensions politiques et sociales et la montée du mouvement souverainiste. 

Le chercheur de trésors (Philippe-Aubert de Gaspé fils) [visionner]

Synopsis : Le roman Le chercheur de trésor de Philippe Aubert de Gaspé fils, fut populaire par son intrigue captivante, des personnages hauts en couleur, des paysages grandioses, des trésors cachés, des complots et des rebondissements. Ce roman était écrit dans un style simple et accessible pour un  large public de s’y intéresser, représentant la réalité et l’histoire du Québec.

Le roman policier vs le roman d’aventures [visionner]

Synopsis : La distinction entre le roman policier qui se concentre sur la résolution d’un mystère ou d’un crime par une enquête menée par un détective professionnel ou amateur et le roman d’aventures reposant sur une histoire de voyage, d’exploration ou d’exploit. Le premier, plus réaliste et rationnel, se caractérise par une intrigue complexe, des indices disséminés au long du récit et un dénouement révélant le coupable et les motivations du crime. Le second  a plutôt un cadre exotique, un héros courageux, des antagonistes menaçants, ainsi que des obstacles et des dangers à surmonter. 


Les fascicules ou le succès du roman policier [visionner]

Synopsis : Les fascicules étaient des publications périodiques vendues dans des kiosques de journaux ou dans des dépanneurs et peu coûteuses. Elles offraient aux lecteurs des histoires de manière régulière et à un prix abordable.

Ils ont permis aux écrivains de romans policiers de publier leurs histoires en feuilleton, écrites dans un style simple et facile à comprendre et accessible à tous les niveaux de lecture, avec des chutes à la fin de chaque épisode pour inciter un large public de lecteurs à acheter le numéro suivant. 


L’agent IXE-13 [visionner]

Synopsis : Les romans de Pierre Daignault intitulés l’Agent IXE-13 nous plongent dans un monde étrange et captivant, où l’imagination se confond avec la réalité et où le mystère se cache à chaque tournant. Les aventures de cet espion mythique, aux prises avec des ennemis invisibles et des énigmes insolubles, nous emportent dans un tourbillon de sensations et d’émotions. Ils se caractérisent par une prose souvent lyrique, où les images se succèdent avec fluidité dabs un univers visuel, poétique et étrange. 


Le désintérêt pour le roman policier au cours des années 1960-70 [visionner]

Synopsis : La Révolution tranquille a marginalisé les genres littéraires considérés comme populaires ou commerciaux, dont le roman policier. La littérature engagée était considérée comme plus sérieuse et plus importante que la littérature de divertissement. Sans oublier la censure qui imposa des restrictions sur la publication de certains genres littéraires, dont le roman policier, considéré comme immoral et violent. Quant aux éditeurs québécois, ils étaient plus intéressés par la publication de la littérature européenne négligeant ainsi les auteurs locaux. 


L’intérêt renouvelé pour le roman policier dans les années 1980-90 [visionner]

Synopsis : Le roman policier, au Québec, est revenu à l’avant-scène dans les années 1980 et 1990, de nouveaux auteurs québécois tels que Louise Penny et Christine Brouillet ayant commencé à écrire des romans policiers qui ont connu un grand succès. Le Prix Saint-Pacôme, créé en 1984 pour récompenser les meilleurs romans policiers écrits en français au Québec, a particulièrement contribué à accroître l’intérêt pour le genre. Autrement, l’évolution du roman policier est passée d’un genre purement divertissant à un genre plus complexe, explorant des thèmes sociaux et politiques importants, contribuant ainsi à attirer un nouveau public pour le genre. 


Le succès du roman policier (polar) au Québec [visionner]

Synopsis : Sept raisons, selon Norbert Spehner, qui expliquent le succès du roman policier au Québec : l’originalité, l’authenticité, la qualité de l’écriture, le soutien des maisons d’édition, la participation à des événements littéraires, les prix littéraires tels que le Prix Arthur Ellis et le Prix Saint-Pacôme et l’adaptation au cinéma et à la télévision. 


L’avenir du roman policier (polar) au Québec [visionner]

Synopsis : Le roman policier au Québec a connu une croissance constante au cours des dernières décennies et a été reconnu en tant que genre littéraire. Son avenir est prometteur en évoluant et en continuant à se renouveler pour rester pertinent et captiver les lecteurs par l’intégration de nouveaux thèmes et des problématiques sociales et politiques actuelles. De nouveaux prix littéraires et l’adaptation des œuvres pour la télévision et le cinéma continueront de contribuer à la croissance et à la reconnaissance du genre.

(source : site photosociete.com)

Bons visionnements !

Cette chronique a été initialement publiée le 999 mai 2023 sur Culture et Justice (France) destiné à diffuser principalement des portraits du jour des écrivains, historiens, artistes… et qui rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice. 

 


13 – Montréal, métropole au panthéon des villes noires


En 2004, une maison d’édition de Brooklyn spécialisée en littérature urbaine underground, Akashic Books, lançait « Noir Series » avec un premier titre, Brooklyn Noir. Depuis, la production de nouvelles de ce genre littéraire a connu une croissance explosive : plus de 120 villes du monde comptent désormais un recueil signé par des vedettes locales, dont Marseille Noir, Paris Noir, Paris Noir : The Suburbs.

Le 11 juillet 2017, la ville de Montréal rejoignait le groupe avec 15 nouvelles écrites ou traduites en anglais par autant d’auteur.es francophones ou anglophones du Québec et du Canada :


 Collectif. – Montreal Noir. – Brooklyn : Akashic Books, 2017. – 288 pages.

L’ouvrage, sous la direction de Jacques Filippi et de John McFetridge, était divisé en trois parties, chaque texte ayant pour cadre un secteur de la ville :

Part I: Concrete Jungle

  • « Rush Hour » - Patrick Senécal (Downtown)
  • « Such a Pretty Little Girl » - Geneviève Lefebvre (Ville-Marie)
  • « Three Tshakapesh Dreams » - Samuel Archibald (Centre-Sud)
  • « The Haunted Crack House » - Michel Basilières (Boulevard Saint-Laurent)
  • « Wild Horses » = Arjun Basu (Mile End)

Part II: Bloodlines

  • « Driftwood » - Ian Truman (Hochelaga)
  • « Joke’s On You » - Catherine McKenzie (Saint-Henri)
  • « Coyote » - Brad Smith (Westmount)
  • « The Crap Magnet » - Peter Kirby (L’île Sainte-Thérèse)
  • « Poppa » - Robert Pobi (Little Burgundy)

Part III: On the Edge

  • « Journal of an Obsession » - Johanne Seymour (Plateau Mont-Royal)
  • « The Sin Eaters » - Melissa Yi (Côte-des-Neiges)
  • « Milk Teeth » - Howard Shrier (Rue Rachel)
  • « Other People’s Secrets » - Tess Fragoulis (Sherbrooke Street)
  • « Suitcase Man » - Martin Michaud (Notre-Dame-des-Neiges Cemetery) 

* * * * *

Six ans plus tard, les éditions Guy Saint-Jean viennent d’en publier une version française regroupant «16 plumes, issues d’horizons aussi diversifiés que la population de la ville, mettent la métropole en vedette dans un recueil étonnant et percutant, où la violence côtoie le suspense. »  



Collectif. – Noir Montréal. – Laval : Guy Saint-Jean Éditeur, 2023. – 375 pages. Avis de lecture.

En fait, il s’agit de la livraison en français de 12 des 15 textes initialement publiés dans la version originale anglaise auxquels s’ajoutent trois nouvelles originales.Toujours sous la direction de Jacques Filippi et John McFetridge, ces derniers livrent une brève introduction historique, géographique et littéraire de la ville précédant les 16 textes regroupés sous les mêmes trois thématiques :

Première partie - Jungle de béton (Concrete Jungle*)

  • « Heure de pointe » [Centre-ville] (Rush Hour*) - Patrick Senécal
  • « Une si belle petite fille » [Ville-Marie] (Such a Pretty Little Girl*) - Geneviève Lefebvre
  • « La fumerie hantée » [Boul. Saint-Laurent] (The Haunted Crack House*) - Michel Basilières
  • « Les chevaux sauvages » [Mile End] (Wild Horses*) - Arjun Basu
  • « Le street smart » [Griffintown] (nouvelle originale) - Pierre-Yves McSween

Deuxième partie - Liens de sang (Bloodlines*)

  • « Dindon de la farce » [Notre-Dame-de-Grâce] (Joke’s On You*) - Catherine McKenzie
  • « Coyote » [Westmount] (Coyote*) - Brad Smith
  • « La doublure » [Hochelaga] (nouvelle originale) - Maureen Martineau
  • « L'aimant à ordures » [Île Sainte-Thérèse en Montérégie] (The Crap Magnet*) - Peter Kirby
  • « Juste une image » [Centre-Sud] (nouvelle originale) - Guillaume Morrissette
  • « Papa » [Petite-Bourgogne] (Poppa*) - Robert Pobi

Troisième partie - Au bord du gouffre (On the Edge*)

  • « Journal d'une obsession » [Plateau Mont-Royal] (Journal of an Obsession*) - Johanne Seymour
  • « Dents de lait » [Rue Rachel] (Milk Teeth*) - Howard Shrier
  • « Les mange-péchés » [Côte-des-Neiges] (The Sin Eaters*) - Melissa Yi
  • « Suitcase Man » [Cimetière Notre-Dame-des-Neiges] (Suitcase Man*) - Martin Michaud
  • « Immunité diplomatique » [Place d’Youville] (nouvelle originale) - Eric Dupont

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* Titres parus initialement en anglais dans Montreal Noir de Akashic Books. 

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En 2003, l’écrivain québécois François Barcelo, lui-même auteur de nombreux romans pour adultes et de polars, avait convaincu 99 écrivain.es de publier aux éditions Les 400 coups autant de nouvelles noires ayant pour thème Montréal. L’ouvrage fut réédité en 2017.  



Collectif. – Montréal Noir. – Montréal : Les 400 coups, 2003. – 152 pages ; Numéro de série N-0016, 2017. – 194 pages

« C'est un projet un peu fou que de demander à des auteurs d'écrire des nouvelles policières sur Montréal en respectant l'art de ladite nouvelle. Cela oblige ces derniers à beaucoup de rigueur pour que l'intrigue fonctionne dans un récit bref, incisif et... noir ! Ils ont tous répondu " Présent " très rapidement » :

  • « Heure de pointe » - Patrick Senécal - Hugues est dans le trafic. Dans son véhicule, plusieurs cellulaires et autres gadgets, car il présente les bulletins d'informations sur la circulation pour une station radio, quatre fois par heure. Il reçoit un appel troublant qui le lancera dans une poursuite contre la montre… ou contre son prochain bulletin.

  • « Xuan, une solitude » - Marie-Claire Blais - Après la mort de ses parents, Xuan se retrouve dans un quartier de Montréal où, la nuit tombée, on peut trouver des prostituées. Elle en fait d'ailleurs partie. Elle nous livre ses pensées, sa solitude, ses inquiétudes, je dirais même son désespoir. 

  • « Blanc comme neige » - François Barcelo - Le narrateur et Pascal sont amants. Du moins l'ont-ils été… jusqu'à ce que Pascal gagne le gros lot. Six millions de dollars ! Mais ces millions, ils auraient dû être séparés à parts égales. Quelle injustice ! Et voilà que Pascal fait une chute mortelle dans des circonstances pouvant être mal interprétées. Que seriez-vous prêt à faire pour avoir votre part du gâteau ?

  • « La petite âme » - André Truand - Une soirée dans un bar, un inconnu charmant, la promesse d'un emploi de rêve… et voilà comment une jeune fille de 17 ans se retrouve morte. Mais, à bien y penser pas tout à fait morte puisque son âme est encore là, à errer entre son ancienne vie et son état de cadavre.

  • « Un petit service » - Chrystine Brouillet - Gaétan Brochu est mort asphyxié par son BBQ pendant une tempête. le médecin légiste doute de la thèse de l'accident, car il connaît Bob, le chauffeur de taxi qui a retrouvé Brochu. C'est un homme bien bon et généreux, ce Bob… Et pourquoi Brochu aurait-il demandé un taxi alors qu'il possédait une voiture?

  • « Le chant des pierres » - Gilles Pellerin - Fortier prend des détours douteux pour faire venir dans son antre, Saint-Germain, ce pseudopresque archéologue, afin de lui faire découvrir sa collection pour le moins insolite.

  • « Un cadavre à la fois » - André Marois - Un employé à la morgue qui s'ennuie, un propriétaire de pompes funèbres et un taxidermiste. Ajoutez à ça une quantité de corps non réclamés dont un est appelé à devenir chasseur-cueilleur.

L’édition de 2003 comprenait des photos qui venaient  « dramatiser, enjoliver, embaumer, accompagner chacun des textes et donner à l'ouvrage ce côté mystérieux qu'un recueil de nouvelles noires doit avoir. »

(source : éditeurs)

Et qui sait, un jour, la ville de Québec rejoindra peut-être ce groupe sélect des communautés qui mettent en valeur les littératures du crime. Avec les Christine Brouillet, Jacques Côté, Max Férandon, Steve Laflamme, Stéphane Ledien, Jean Lemieux, Jean-Jacques Pelletier, Julie Rivard, Marie-Ève Sévigny, Kim St-Pierre, Richard Ste-Marie… pour ne nommer que celles et ceux-là, la région possède le noyau d’écrivain.es pour relever le défi.

Les recueils Noir Montréal et Montréal Noir sont disponibles à la Librairie du Québec à Paris sur la rue Gay Lussac.

Cette chronique a été initialement publiée le 17 mai 2023 sur Culture et Justice (France) destiné à diffuser principalement des portraits du jour des écrivains, historiens, artistes… et qui rassemble des informations relatives à l’actualité culturelle sur les questions de justice.